Sur quelques roches et minéraux des intrusions d’âge carbonifère aux environs de Mésanger dans le bassin d’Ancenis (Loire-Atlantique)

Abstract

De nombreux minéraux sont liés aux petites intrusions d’âge carbonifère du bassin d’Ancenis, allant des granites aux rhyolites.

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Mots-clés

magmatisme, minéralogie

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Reprenant l’œuvre remarquable de mes prédécesseurs (Bureau L. et E., 1890 ; Baret Ch., 1898 ; Cavet P. et al., 1967, 1978 ; Allon A., 1980) en la synthétisant et en la complétant par de nouvelles observations, nous présentons le résultat de nos recherches sur les intrusions d’âge carbonifère des environs de Mésanger dans le bassin d’Ancenis, en examinant les petits pointements magmatiques, puis les minéralisations qui leur sont associées, observations facilitées par l’ouverture de plusieurs carrières.

Les carrières (fig. 1)

Figure 1 - Localisation des pointements magmatiques de la région de Mésanger

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Les différences dans les contours entre les cartes géologiques s’expliquent par les difficultés des levers dues à la médiocrité des affleurements.

Mésanger

Granite isogranulaire, leucocrate, avec quartz arrondi, feldspath perthitique et biotite. (Autour du granite de Mésanger, schistes tachetés à biotite et séricite, avec pseudomorphose probable de cordiérite).

La Ferlauderie

Grande carrière ayant mis à jour une rhyolite fluidale avec très rares phénocristaux de quartz, englobant les fragments de schistes carbonifères. Localement, l’aspect est bréchique. L’altération est générale : feldspaths fissurés argilisés.

Tacon

Petite carrière dans une rhyolite rose à phénocristaux de feldspath rouge et de quartz.

La Quéteraie1

Carrière abandonnée dans un granite à gros grains.

La Rousselière

Petite intrusion granitique de mise en place hypovolcanique avec une riche minéralisation polymétallique.

Les Sauneries

Carrière ouverte au Nord-Ouest du moulin du Château Rouge. Porphyre rose grisâtre à quartz globuleux.

La Greslerie

Petite carrière abandonnée exploitant des grès tourmalinisés2.

Les minéraux

À La Rousselière (Allon A., 1980)

La carrière fournit un excellent exemple de minéralisations polymétalliques en stockwerk dans la partie apicale d’une petite intrusion.

I- Élément natif

Bismuth (Bi) dans la cosalite.

II – Sulfures

Molybdénite (MoS2) disséminée dans des veinules de quartz.

Chalcopyrite (CuFeS2).

Tétradymite (Bi2Te2S).

Galène (PbS).

Sphalérite (ZnS). Variété schalensphalérite.

Pyrite (FeS2).

Marcasite (FeS2).

Bismuthinite (Bi2S3).

III – Oxydes

Scheelite (WO4Ca) avec wolframite (FeMn WO4), résiduelle.

Ferbérite (Fe2WO4) en remplacement de la scheelite.

Cassitérite (SnO2) bacillaire.

IV- Arséniures

Löllingite (FeAs2). En inclusion dans l’arsénopyrite.

Arsénopyrite (FeAsS). Avec bismuth natif et bismuthinite.

V – Sulfosels

Cosalite (Pb2Bi2S5).

Kësterite (Cu2[Zn,Fe]SnS4).

Tétraédrite ((CuFe)12Sb4S13).

Lindströmite (Pb3Cu3Bi7S15) en petites plages.

Hocartite (Ag2FeSnS4) en inclusions dans la galène.

Bournonite (PbCuSbS3). Recoupe la pyrite.

À Saint-Herblon. (Allon A. 1980)

I -Silicate

Tourmaline. Sur la butte de Saint-Herblon, près de l’agglomération, dans une carrière abandonnée, près du calvaire, affleurent des grès tourmalinisés, très sombres, à grain fin, formés de quartz et de nombreux cristaux de tourmaline aciculaire. Ces grès sont connus dans la région sous l’appellation « pierres à feu de Saint-Herblon ».

II – Sulfures

Stibine (Sb2S3) avec ferbérite.

Chalcostibite (CuSbS2). Assez fréquente.

III – Oxyde

Ferbérite (Fe2WO4) en agglomérats xénomorphes.

IV – Arséniure et antimoniure

Löllingite (FeAs2). Résiduelle dans l’arsénopyrite.

Scorodite (Fe3AsO4, 2H2O). Dans les tourmalinites.

V – Sulfures

Jarosite (KFe3(SO4)2(OH)6) ; résulte de la transformation de la pyrite.

Beudantite (PbFe3,AsO4,SO4) (OH, H2O)6.

Boulangérite (Pb5Sb4S11). Avec chalcopyrite et bournonite.

Semseyite (Pb9Sb8S21). Fréquente.

Zinkénite (Pb9Sb22S42).

Fulöppite (Pb3Sb8S15). Avec stibine.

Épilogue

La région de Mésanger se singularise par le nombre élevé de minéraux, le plus souvent de faible dimension, liés aux intrusions granitiques et porphyriques recoupant les schistes carbonifères du bassin d’Ancenis : à la Rousselière, 20 espèces en sus du quartz ; autour de Saint-Herblon 12 espèces en sus du quartz. À ce jour, ces minéraux métalliques semblent dépourvus de tout intérêt économique. Seules les roches ont été exploitées pour les constructions locales qui ont fait aussi appel au tuffeau du Val de Loire.

Appendice : esquisse géomorphologique du bassin d’Ancenis

par Bruno COMENTALE

Dans le prolongement du présent article, qui rappelle la vocation productive et minière du département de la Loire-Atlantique – même si l’épilogue en tempère le constat quant au bassin d’Ancenis –, nous proposons une esquisse géomorphologique des lieux, moins souvent étudiés que les plateaux des abords de Nantes ou le relief appalachien des environs de Chateaubriant. La forme elliptique du bassin, encadré de coteaux de roches résistantes, est calquée sur la structure synclinale initiale. En partie ouvert sur la Loire, le bassin d’Ancenis est tributaire des étapes du façonnement du Massif armoricain même s’il en représente un type original.

Le bassin d'Ancenis représente l'un des secteurs les plus déprimés du département de la Loire-Atlantique, proche du niveau de la Loire. Il dérive d’un synclinal d’âge paléozoïque ultérieurement tronqué par la surface d’aplanissement post-hercynienne, ce qui, de ce fait, autorise à qualifier au moins pro parte un relief appalachien. Ainsi, en première approximation, les coteaux qui le limitent au nord et au sud, et qui dessinent un relief en amande, s’apparentent à des crêts appalachiens armés par une série schisto-gréseuse dévonienne, représentée notamment par les quartzites de la Pierre Meslière, et ultérieurement fracturée. Ils constituent un relief d’érosion différentielle, en contraste lithologique avec l’épaisse série détritique terrigène (Sellier, 1985, p. 19), rapportée à la charnière Dévonien/Carbonifère (Frasno-Dinantien), qui arme la partie centrale du bassin, formant un plancher topographique le plus souvent situé à 25-30 mètres d’altitude (fig. 2). Dans le bassin, des éminences localisées correspondent aux intrusions magmatiques carbonifères, objets de l’étude minéralogique qui précède, notamment près de Mésanger : la Quéteraie (64 m), la Ferlauderie (41 m), ou encore Pied Bercy (38 m) plus à l’est. Ces points hauts relatifs sont souvent pourvus de moulins à vent, aujourd’hui en ruine. A l’opposé, le fond du bassin est surcreusé en cuvettes de faible altitude, telle la cuvette des marais de Grée à 6 m d’altitude, raccordée au niveau de la Loire (Kerguillec, 2016).

Le bassin d’Ancenis reproduit les contours du synclinal originel. Au sud-ouest, il est limité par les hauteurs du Coteau de Couffé, armé par la formation quarztitique précitée et recoupé à l’emporte-pièce par la vallée de la Loire. Le sommet plan du Coteau de Couffé atteint près de 70 mètres d’altitude. Son tracé de détail présente un décalage majeur à Couffé, le long d’un décrochement dextre d’orientation N 160° (Sellier, 1985, pp. 245-247). Au nord, le bassin d’Ancenis est encadré par le Coteau de Pouillé (Sellier, 2020), qui correspond à un horst et est en partie armé par la même formation de quartzite, déterminant des altitudes de 70 à 80 mètres le plus souvent.

La mise en évidence de la minéralogie et de la pétrographie des intrusions magmatiques du bassin d’Ancenis s’articule avec cette brève esquisse géomorphologique par le biais de l’examen de la structure (fig. 3) : pointements de roches magmatiques et synclinal paléozoïque sont deux manifestations locales de l’orogenèse hercynienne ; la surface d’aplanissement post-hercynienne, attribut habituel d’un massif ancien tel le Massif armoricain, détermine les crêtes bordières à sommet plan, d’affinités appalachiennes ; le défoncement de cette dernière, dans les séries tendres de l’axe du synclinal, a permis d’une part la mise en valeur du contraste lithologique qu’elles présentent avec les intrusions magmatiques, d’autre part les surcreusements locaux. Au sud immédiat du Castelbriantais et de son relief appalachien stricto sensu, et à l’amont des plateaux du « pays » nantais et de l’estuaire de la Loire (Sellier, 2013), le bassin d’Ancenis représente un type original du relief sud-armoricain.

Bibliographie

Kerguillec R., 2016. Du déclin d’une zone humide à sa reconnaissance patrimoniale : l’évolution récente du marais de Grée (Loire-Atlantique), Les Cahiers Nantais, 2016-1, pp. 17-29.

Sellier D., 1985. Les versants du Pays nantais, étude géomorphologique, Thèse de Doctorat de 3e cycle, université de Nantes, 506 p.

Sellier D., 2013. Le relief de la Loire-Atlantique : patrimoine géomorphologique et géomorphosites, in : Morice J.-R., Saupin G., Vivier N. (dir.), Les nouveaux patrimoines des Pays de la Loire, Presses Universitaires de Rennes, pp. 236-255.

Sellier D., 2020. Essai sur la notion de coteau en Pays de la Loire, Les Cahiers Nantais, 2020, pp. 127-147.

Figure 2 - Le bassin d’Ancenis entre Mésanger et Saint Herblon : cadre physiographique

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Figure 3 - Synthèse : la place de la minéralogie dans l’assise géomorphologique du bassin d’Ancenis

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1   Toponyme porté sur la carte topographique à 1 : 25 000 (Institut Géographique National), noté La Quétraye sur les cartes géologiques [ndlr].

2   Au nord de Saint-Herblon, hors figure 1 [ndlr].

Bibliography

Allon A., 1980. Premières observations sur les indices polymétalliques de la Rousselière (Loire Atlantique), Chronique de la recherche minière, n° 455, p. 72-92.

Baret Ch., 1898. Minéralogie de la Loire-Inférieure, Bull. Soc. Sc. Nat. de l’Ouest de la France, 175 p., 19 planches.

Bureau E. et L., 1890. Carte géologique à 1 : 80 000, feuille Ancenis, 1ère édit.

Cavet P., J. Cogné, M. Gruet, avec la collaboration de A. Arnaud, L. Chauris, H. Lardeux, G. Lucas, A. Nicolas, J. Péneau Et J. Pillet, 1967. Carte géologique à 1 : 80 000, feuille Ancenis, 2e édit.

Cavet P., M. Gruet, avec la collaboration de A. Arnaud, J. Blaise, H. Lardeux, J. Marchaud, A. Nicolas, L.-M. Rivière, J.-C. Rossignol, 1978. Carte géologique à 1 : 50 000, feuille Ancenis.

CHAURIS L., 2014. Minéraux de Bretagne, Édit. du Piat, 336 p.

Notes

1   Toponyme porté sur la carte topographique à 1 : 25 000 (Institut Géographique National), noté La Quétraye sur les cartes géologiques [ndlr].

2   Au nord de Saint-Herblon, hors figure 1 [ndlr].

Illustrations

Figure 1 - Localisation des pointements magmatiques de la région de Mésanger

Figure 1 - Localisation des pointements magmatiques de la région de Mésanger

Les différences dans les contours entre les cartes géologiques s’expliquent par les difficultés des levers dues à la médiocrité des affleurements.

Figure 2 - Le bassin d’Ancenis entre Mésanger et Saint Herblon : cadre physiographique

Figure 2 - Le bassin d’Ancenis entre Mésanger et Saint Herblon : cadre physiographique

Figure 3 - Synthèse : la place de la minéralogie dans l’assise géomorphologique du bassin d’Ancenis

Figure 3 - Synthèse : la place de la minéralogie dans l’assise géomorphologique du bassin d’Ancenis

References

Electronic reference

Louis Chauris and Bruno Comentale, « Sur quelques roches et minéraux des intrusions d’âge carbonifère aux environs de Mésanger dans le bassin d’Ancenis (Loire-Atlantique) », Cahiers Nantais [Online],  | 2025, Online since 23 April 2026, connection on 25 April 2026. URL : http://cahiers-nantais.fr/index.php?id=1927

Authors

Louis Chauris

Géologue, directeur de recherche au CNRS (e.r.), Université de Bretagne Occidentale

chaurislmm@orange.fr

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Bruno Comentale

Géographe, Nantes Université, LETG UMR 6554 CNRS

bruno.comentale@univ-nantes.fr

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