Pourquoi et comment devient-on chercheure en géographie ?
« J'ai suivi mon parcours d'étude à l'IGARUN et, dans le cadre de ma formation de Master 1, j'ai eu la possibilité de choisir un sujet de mémoire, qui portait à l'époque sur les tiers-lieux et les lieux culturels émergents. En réalisant des entretiens avec des auto-entrepreneur·euses qui travaillent dans ces lieux, j'ai découvert le statut précaire de l'auto-entrepreneuriat. Nicolas Raimbault (MCF, Nantes Université, UMR ESO), m'a ensuite donné l'opportunité de réaliser un stage de recherche durant mon Master 2. Adossé au programme de recherche Subwork financé par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA), celui-ci portait sur les livreurs des plateformes nantais. J'ai ensuite passé les concours de l'École Doctorale « Sociétés, Temps, Territoires » (S.T.T.), qui m'ont permis d'obtenir un financement de thèse avec Nantes Université. Cette thèse porte sur les classes populaires qui travaillent dans le cœur de deux agglomérations du haut de la hiérarchie urbaine à Nantes et à Marseille, et est encadrée par Jean Rivière et Nicolas Raimbault. J'y analyse les divisions sociales des groupes des livreurs des plateformes et des agent·es d'entretien des universités, en lien avec l'organisation de leur travail, leur géographie résidentielle, ou encore l'appropriation des espaces publics ou privés. »
Quelles sont les difficultés rencontrées dans le domaine de la recherche ?
« De mon point de vue de doctorante, il me semble qu'apprendre à gérer son temps est la condition indispensable pour mener à bien sa recherche. Cela implique de savoir organiser des temps dédiés à la recherche proprement dite (candidater et participer à des colloques et séminaires, rédiger des articles et son manuscrit de thèse, organiser et réaliser son terrain qui peut parfois durer plusieurs mois) mais aussi à la formation, qui permet par exemple de se former aux méthodes de traitements statistiques et cartographiques et enfin donner des enseignements durant les années de thèse. »
Quel est ton dernier article ? Quel était le thème de recherche ?
« Mon dernier article paru porte sur les livreurs des plateformes nantais et le contrôle qu'elles exercent sur l'organisation spatiale de leur travail. Avec N. Raimbault, nous avons récemment soumis un article qui analyse les hiérarchisations intersectionnelles (de classe, de genre et de race) qui traversent les groupes de livreurs. Ma dernière mission s'est déroulée à Marseille durant trois mois, au printemps 2024, durant lesquels j'ai enquêté auprès des livreurs des plateformes et des agentes d'entretien de l'Université d'Aix-Marseille (AMU). »
Quel est ton meilleur souvenir de chercheure ?
« Mon meilleur souvenir est justement lié aux deux réponses précédentes. J'ai particulièrement aimé avoir le temps de réaliser mon travail de terrain à Marseille et découvrir la ville en m'y installant durant ces quelques mois. Je ne connaissais quasiment personne sur place et ait fait de belles rencontres avec mes enquêté·es, par exemple lorsque je patientais sur les parkings où les livreurs attendent leurs commandes. Je crois que c'est aussi l'une des chances que permet le métier de chercheur·e, c'est une profession très stimulante, qui éveille la curiosité et est pleine de découvertes ! »
Pour terminer, une anecdote sur la recherche à l'IGARUN ?
« L'anecdote liée à l'IGARUN qui m'a beaucoup plu est liée au fait de pouvoir partager mes centres d'intérêts de recherches avec deux étudiant·es de Licence 3 dont j'ai encadré les monographies qui portaient sur le travail étudiant. C'était une expérience très enrichissante, comprise dans leur formation mais qui m'a aussi beaucoup appris. »


