Les ouvriers de Moulinex : les inégalités territoriales du retour à l’emploi après un plan social

Abstract

Cet article revient sur la fermeture définitive, à l’automne 2001, des cinq dernières usines de Moulinex en Basse-Normandie et le devenir professionnel de leurs 3 000 salariés licenciés. Le caractère massif et localisé de cette catastrophe invite à une analyse sous l’angle de la géographie du chômage. Outre les inégalités de sexe, d’âge et de qualification, l’étude des chances de retour à l’emploi deux ans après le licenciement en 2001 fait apparaître de fortes disparités territoriales qui seraient passées inaperçues sans une analyse statistique et cartographiée approfondie. Pour éclairer le fort désavantage accusé par les salariés des usines du Calvados (Bayeux, Cormelles-le-Royal près de Caen et Falaise) par rapport à ceux d’Alençon dans l’Orne, des clés d’explication seront recherchées dans la politique géo-industrielle du fabricant d’électroménager d’une part, et dans la dynamique de l’activité locale d’autre part, en attachant une attention particulière aux effets de la concentration locale du chômage.

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Mots-clés

géographie économique, fermeture d’établissements, chômage de masse, rupture sociale, Moulinex, Basse-Normandie

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Tout comme le nom de grands groupes industriels est attaché par leur ancrage géographique ou historique à une localité ou à une région, l’évocation de licenciements massifs et de mouvements d’ouvriers est le plus souvent associée à leur territoire d’implantation. Il est question notamment, de « l’affaire Lip » à Besançon, des « Lu » de Ris-Orangis dans l’Essonne, des « Metaleurop » à Noyelles-Godault dans le Nord, des « Conti » dans l’Oise, de « Moulinex » en Basse-Normandie. Mais malgré le caractère localisé des mises au chômage massives et des conflits sociaux, le territoire reste trop peu pris en compte dans l’analyse du processus de réinsertion professionnelle des licenciés. En effet, les chances de retour à l’emploi ne sont pas distribuées de manière égale dans l’espace (Dugué, L’Horty, Sari, 2009) et selon la concentration locale du chômage (Gobillon, Selod, 2007). Ce constat rejoint celui établi dans l’étude menée à partir de 2002 sur le drame social total (Roupnel-Fuentes, 2007) de la liquidation judiciaire de l’entreprise de petit électroménager qui s’est produit en 2001 et a conduit à la fermeture définitive totale ou partielle des dernières usines bas-normandes.

À la manière de l’étude monographique réalisée auprès des chômeurs de Marienthal dans les années 1930, la recherche sur le devenir des licenciés de Moulinex a déployé des moyens méthodologiques variés pour analyser en profondeur les conséquences d’un chômage de masse ancré dans un territoire. En effet l’immersion de l’équipe de chercheurs conduite par Paul Lazarsfeld, Marie Jahoda et Hans Zeisel dans la petite communauté villageoise de Marienthal située en Basse-Autriche a permis de recueillir des récits ainsi que divers matériaux (archives de mairie, dessins d’enfants…) et d’y associer des données chiffrées disponibles ou élaborées par eux. Le même souci d’allier différentes données et méthodes a guidé la démarche d’enquête démarrée à l’automne 2002 en assistant aux assemblées générales des ex-Moulinex ou aux réunions organisées par les militants syndicaux sur les sites fermés ou dans des locaux prêtés par la municipalité. Ces situations d’observation ont aussi permis d’entrer en contact avec les anciens salariés et de réaliser des entretiens individuels ou collectifs (couples bi-actifs chez Moulinex1 ou collègues d’atelier). À l’automne 2003, soit deux ans après le licenciement, 830 questionnaires ont été collectés au domicile d’anciens Moulinex représentatifs des 3 000 licenciés et non repris par Seb. En effet, l’échantillon des personnes enquêtées a été constitué en tirant au sort un individu sur trois dans la liste de l’ensemble des inscrits ; celle-ci ayant été préalablement réorganisée sous forme de quarante strates élaborées à l’aide du croisement des quatre variables suivantes : le sexe (Homme/Femme), le site (Alençon / Bayeux / Cormelles / Falaise / Saint-Lô), la situation au moment de l’enquête (Préretraite / Autres situations) et le niveau d’études (Niveaux 1 à 4 / Niveaux 5 et 6). Cette stratification a permis de respecter la ventilation de chacune des différentes caractéristiques de sorte que leur proportion dans la population totale des 3 000 licenciés corresponde à celle de l’échantillon des individus enquêtés.

L’enquête Moulinex : une enquête sur un drame social total

Dans le même sillon que l’enquête menée auprès des chômeurs de Marienthal en Basse-Autriche dans les années 1930, l’étude sur le devenir des licenciés de Moulinex ambitionne de connaître les conséquences individuelles et sociales qu’engendre la mise au chômage sur un même territoire de toute une communauté de travailleurs. Pour cette enquête qui s’est déroulée en Basse-Normandie un an après la fermeture de l’entreprise d’électroménager en 2001, le postulat suivi a été de considérer le licenciement comme une rupture sociale totale, c’est-à-dire comme un évènement qui par ses effets rejaillit sur les différents aspects de la vie et de l’intégration d’un individu. Pour mieux appréhender les conséquences, le licenciement a été replacé dans le temps long d’une carrière de travailleurs qui inclut le passé chez Moulinex et s’étend jusqu’aux deux années qui ont suivi la fin de l’emploi. Deux types de méthodes ont été mobilisés : plus de 50 heures d’entretiens semi-directifs démarrés en 2002, soit un an après le licenciement et 830 questionnaires passés à l’automne 2003.
Les entretiens ont permis de retracer l’histoire des salariés dans leur entreprise, de recueillir leur sentiment sur leur situation présente en fonction de leur position vis-à-vis du marché du travail et d’interroger leur perception de l’avenir.
L’outil du questionnaire a été conçu pour embrasser les différentes facettes de la vie des licenciés. Le premier grand volet démarre par les questions relatives à la biographie personnelle (sexe, âge, diplôme…) et sociale (situation conjugale, nombre d’enfants,…). La partie suivante a permis de reconstituer l’expérience professionnelle chez Moulinex puis d’identifier des situations retrouvées deux ans après le licenciement (démarches de recherche d’emploi, type d’emploi retrouvé, expérience vécue de la préretraite…). Le second grand volet du questionnaire portant sur les conséquences de la perte d’emploi aborde les registres de la santé, les relations sociales et familiales, le niveau de vie, le rapport à la citoyenneté des licenciés. Enfin un calendrier final retrace les différentes situations occupées mois par mois depuis leur licenciement jusqu’au moment de l’enquête soit 24 mois : emploi en CDI et à temps plein, emploi en CDI et à temps partiel, en CDD à temps plein, en CDD à temps partiel, intérim à temps plein, intérim à temps partiel, formation ou congé, recherche active d’emploi, non recherche d’emploi, inactivité.

Pour tenter d’expliquer pourquoi les destins professionnels de salariés issus d’une même entreprise divergent singulièrement en fonction de leur localisation géographique, les outils statistique et cartographique ont été privilégiés pour permettre une représentation spatialisée des effets de la perte massive d’emplois. En effet, la projection sous forme d’une carte et d’un plan factoriel2 des effectifs licenciés et de leurs caractéristiques sociologiques donnera à voir à la fois des phénomènes de concentration du chômage dans certaines poches géographiques mais aussi une vue contrastée de la réinsertion professionnelles des Moulinex deux ans après le licenciement.

La démonstration suivra un développement en trois temps. Il s’agira tout d’abord de présenter les conditions de la perte d’emploi afin d’expliquer les disparités qui traversent le devenir professionnel des 3 000 licenciés de Moulinex. L’objet de la deuxième partie sera de puiser dans l’histoire et la politique sociale de cette entreprise pour y déceler comment la morphologie des usines a creusé les sillons d’un déterminisme géographique dont l’influence se lit dans les chances différenciées de réinsertion professionnelle de ses salariés. En dernier lieu, l’analyse de la configuration locale et du bassin d’emploi qui entoure chacune des usines fermées permettra d’interroger le paysage industriel du marché du travail local et son dynamisme.

Les dimensions d’un drame social et territorial

Par rapport à d’autres formes de mise au chômage, les suppressions massives issues de fermetures d’entreprise ou de licenciements collectifs répondent à une triple unité : de temps, de lieu et d’identité. Unité de temps, car c’est au même moment qu’un certain nombre de salariés vont perdre leur emploi, mais surtout vont se retrouver en position d’en rechercher un et le plus souvent dans un périmètre géographique restreint. Dans le cas de Moulinex, la liquidation judiciaire du groupe industriel qui s’est déroulée le 22 octobre 2001 a conduit au licenciement de 4 500 salariés en France. Au terme de la période du redressement judiciaire, près de 1 500 d’entre eux ont fait l’objet d’une reprise par Seb laissant 3 000 salariés sans possibilité de reclassement direct chez le repreneur.

L’unité de lieu, ensuite, est importante à prendre compte pour appréhender la configuration locale du drame. En effet ces 3 000 salariés non repris appartenaient tous à l’une des cinq usines bas-normandes : Alençon dans l’Orne, Saint-Lô dans la Manche, Bayeux, Cormelles-le-Royal (près de Caen) et Falaise dans le Calvados. Ces trois usines situées dans un même département et séparées d’une vingtaine de kilomètres regroupent 2 000 des 3 000 salariés non-repris (fig. 1).

Figure 1 – Effectifs licenciés par site fermé

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Enfin il convient de convoquer la dimension identitaire de ce drame social, puisque des traits socio-professionnels similaires unissaient une bonne partie des licenciés : une faible qualification, un âge élevé et sur certains sites une forte représentation de la main-d’œuvre féminine (fig. 2). Egalement, ces candidats à l’embauche partagent le fait d’avoir appartenu statutairement à la même entité employante et l’image d’anciens salariés d’une grande entreprise locale connue. Celle-ci fournissait à ses salariés des garanties et des avantages : l’assurance d’un emploi garanti, la confiance des banques pour un prêt immobilier, des loisirs organisés par le CCE, l’octroi de primes et de bénéfices sociaux3… Mais l’identité « d’anciens Moulinex » a eu son revers auprès des employeurs des entreprises environnantes. Les salariés étaient en effet très souvent perçus comme des employés ultra protégés et syndiqués ou bien comme des ouvriers rivés à leur poste de travail et exécutant des gestes identiques des journées durant. Ces représentations réductrices de la réalité du travail chez le fabricant d’électroménager ont fortement endommagé leur employabilité à la sortie des dispositifs de conversion4.

Figure 2 – Proportion de femmes et d’hommes licenciés de Moulinex selon le site

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Cette triple dimensionnalité que représente la perte massive d’emplois a interféré sur les chances de réinsertion professionnelle, puisqu’elle a eu pour conséquence de placer au même moment et dans une aire géographique restreinte, un nombre important de salariés qui convoite en premier lieu des emplois proches tant d’un point de vue géographique que du secteur professionnel. La concentration à la fois temporelle, spatiale et identitaire du drame social pénalise des licenciés qui pour environ 30 % d’entre eux étaient toujours sans emploi deux ans après le licenciement. Si à cette période, 32 % était parvenus à se réinsérer sur le marché du travail, seule la moitié avait retrouvé un emploi pérenne (CDI ou emploi indépendant), les autres devant composer avec des emplois précaires souvent devenus vacants après des départs en congé maladie ou maternité. Près de 38 % enfin ont pu bénéficier grâce à leur âge d’un dispositif tel que la préretraite ou l’allocation chômage âgé (ACA)5.

Au regard de ces résultats, force est de constater que tous les anciens salariés ne sont pas

égaux face à leur destin professionnel. La vision homogène « des Moulinex » ne peut donc résister à l’analyse approfondie et différenciée de leur devenir du point de vue de leurs caractéristiques sociales et professionnelles. L’âge et le sexe sont des variables qui pèsent lourdement sur les chances de retour à l’emploi. Parmi des personnes concernées par un retour sur le marché du travail, les plus âgés présentent de grandes difficultés. Deux ans après leur licenciement, plus de la moitié des salariés ayant 45 ans et plus est sans emploi et seulement 17 % sont en emploi stable à temps plein contre 46 % des personnes ayant 44 ans et moins (tab. 1).

Tableau 1 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex

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Les femmes sont aussi désavantagées sur le marché du travail car quand elles sont parvenues à retrouver un emploi (moins de la moitié d’entre elles contre plus de 60 % des hommes), celui-ci est plus souvent à temps partiel (pour 51 % des femmes en emploi contre 17 % des hommes). Si cette forme d’emploi est plus souvent subie que choisie, elle est finalement acceptée car permettant de sortir du chômage et de mieux concilier emploi et santé fragilisée par des années de travail en usine.

La qualification ou le diplôme ont également une influence mais uniquement sur la forme de l’emploi retrouvé6. À l’intérieur de la catégorie des ouvriers, les contrastes sont saisissants. Parmi la population en emploi, seuls 21 % des agents de production (autrefois dénommés ouvriers non qualifiés) ont retrouvé un emploi stable et à temps complet contre 80 % des ouvriers qualifiés (c’est le cas pour moins de la moitié des non diplômés et plus de 80 % des bacheliers).

En considérant qu’avoir un âge élevé, le fait d’être une femme ou de ne pas posséder de diplôme, ou du moins une faible qualification, constituent des signaux « négatifs » visibles et donc plus facilement discriminants sur le marché du travail, comment expliquer les disparités de retour à l’emploi entre les différents sites de Moulinex (tab. 2) implantés dans une même région administrative et sur des territoires en apparence proches d’un point de vue socio-économique ? En effet, alors que la moitié des salariés de l’usine de Bayeux était sans emploi deux ans après la fermeture de l’entreprise, cette proportion descend à 19 % sur le site d’Alençon. Ce meilleur score des salariés ornais ne s’explique pas seulement par un taux plus élevé de retour à l’emploi (41 %), il résulte aussi d’une plus grande éligibilité des licenciés à des mesures d’âge7 du fait d’une ancienneté plus longue chez Moulinex (près de 27 années en moyenne sur ce site contre 23,4 pour Bayeux). Cette ventilation différenciée des chances de réinsertion professionnelle ne doit rien au hasard mais puise une partie de ses origines dans le passé industriel de l’entreprise fortement marqué par son mode de gouvernance paternaliste.

Tableau 2 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex selon le dernier site

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L’histoire de la géographie de Moulinex

Retracer l’histoire d’un fleuron de l’industrie française serait très ambitieux et dépasserait trop largement notre sujet. On se limitera donc à l’étude de la politique industrielle de Moulinex et une attention particulière sera portée à la morphologie des usines non reprises et à leur composition socio-professionnelle. La caractérisation des cinq établissements permettra d’éclairer la manière dont est distribuée la demande d’emploi dans le territoire bas-normand et, faisant, les chances contrastées de réinsertion professionnelle des licenciés deux ans après la disparition de Moulinex.

Pour cela, on peut s’arrêter sur l’image de la couverture d’un des tout premiers numéros du magazine interne à Moulinex8 : Le point de rencontre (photo 1). Ce petit journal publié chaque trimestre depuis le milieu des années 1970, dont le but était de transmettre aux salariés des informations sur leurs droits et sur le développement de leur usine, était aussi vecteur d’une certaine idéologie paternaliste véhiculée par le fondateur de Moulinex, Jean Mantelet. Cette illustration un peu naïve représente chacune des usines identifiée par leur produit phare et disséminée dans une nature verdoyante évoquant sans détour la Basse-Normandie des pommiers, des vaches et des maisons aux toits de chaume. À l’inverse de son concurrent français et futur repreneur la Société d’Emboutissage de Bourgogne SEB9 qui a essaimé des usines dans différents coins de France, le fabricant du presse-purée est resté fidèle à la Basse-Normandie10 et au nord de la région Pays de la Loire11.

Photo 1 – Le point de rencontre

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Les raisons de cette géopolitique industrielle sont à rechercher pour une partie dans le mode de recrutement et de gouvernance incarné par Jean Mantelet qui conciliait l’éparpillement résidentiel de ses employés et un certain contrôle de la vie de ces derniers. Car s’il n’existait pas chez Moulinex de politique d’ancrage territorial de main-d’œuvre étrangère, ni de cité ouvrière concentrant au pied de l’usine les familles de travailleurs, on peut toutefois parler d’une politique paternaliste mêlant à la fois déconcentration et attachement des salariés à l’entreprise. En effet, la main-d’œuvre majoritairement féminine, jeune et rurale12 était recrutée et acheminée depuis leur domicile jusqu’au lieu de travail par car13. Car selon Jean Mantelet, ce n’était pas aux ouvriers d’aller vers les usines mais bien aux usines d’aller vers les ouvriers. Il faut alors souligner les bénéfices que représentait pour les salariés cet éparpillement résidentiel dans la campagne environnante, notamment celui de concilier travail à Moulinex avec activité agricole ou saisonnière. Pour l’entreprise, cette « distance de proximité » présentait le grand avantage de freiner l’émergence d’un esprit ouvrier et revendicatif comme dans les centres urbains ou industriels, tout en favorisant l’accès à la propriété individuelle et donc à un niveau de vie classe moyenne qui nourrissait en retour un sentiment de reconnaissance envers l’entreprise pour des travailleurs issus de milieux ruraux et souvent populaires.

Il importe de revenir sur la politique industrielle et l’organisation spatiale des usines pour comprendre les différences sociologiques qu’on peut relever entre les cinq usines fermées en 2001. Selon le fondateur de Moulinex, chaque site de production était pensé selon sa spécialisation de fabrication mais aussi selon une certaine hiérarchisation des fonctions des usines les unes par rapport aux autres. En effet, chaque nouvelle entité productive ne devait pas se trouver à plus de deux heures de voiture d’Alençon, l’usine historique de Moulinex à qui était dévolu le rôle névralgique et créateur du groupe. Les sites de Falaise et d’Argentan fermées en 1997 étaient conçus quant à eux comme des usines « relais » ou « satellites » d’Alençon et des navettes assuraient le transport des pièces et des moteurs entre les différents sites (Frémont, Ambrois, Chesnais, 1964) comme l’évoque l’apparition du camion Moulinex en bas de l’image.

Or cette politique géo-industrielle a eu des retombées sur la morphologie sociale des différents sites de production et notamment sur les caractéristiques sociales et professionnelles de leurs employés. Le recours à la procédure statistique de l’Analyse factorielle des Correspondances Multiples (A.C.M.) va permettre d’esquisser le profil général des travailleurs des cinq usines fermées en utilisant pour cela les modalités de variables considérées comme actives dans l’analyse et sélectionnées pour refléter au mieux l’identité personnelle et sociale des salariés ainsi que leur expérience professionnelle passée chez Moulinex : le sexe, âge au moment de l’enquête, dernier diplôme obtenu, situation conjugale, ancienneté chez Moulinex, dernière position professionnelle occupée et mandat syndical. L’attraction ou l’opposition des modalités entre elles donnent à voir sous forme spatialisée des zones d’agrégations ou au contraire des lignes de clivage qui vont être identifiées en présentant successivement les différents secteurs du plan factoriel (fig. 3).

Figure 3 – Profil général des travailleurs des cinq usines fermées de Moulinex

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En haut à gauche du plan factoriel, la proximité des modalités « femme », « agent de production », « aucun diplôme », « ancienneté 20-29 années », « 45-49 ans » trouve son explication dans la politique systématique de recrutement jusque dans les années 1980 d’un personnel féminin, peu diplômé et ayant occupé des postes d’exécution toute leur carrière durant. À Saint-Lô et Bayeux, le personnel d’encadrement était totalement absent et le groupe des techniciens et agents de maîtrise moins représenté dans ces deux petites entités qui concentrent en revanche une part bien plus importante qu’ailleurs d’agents de production (respectivement 61 % et 56 %). Ces deux usines se caractérisent aussi par une main-d’œuvre moins âgée en moyenne qu’ailleurs. Cette relative jeunesse s’explique par l’ouverture plus récente de ces sites mais aussi par l’arrivée d’un personnel venu d’usines du groupe fermées auparavant : ceux d’Argentan qui ont migré vers Bayeux et ceux de Granville (1994) vers Saint-Lô. Ce personnel « mutant » qui a choisi la mobilité à l’intérieur de Moulinex pour éviter un licenciement était d’ailleurs moins souvent syndiqué (« Aucune adhésion ») et en couple (« Seul »).

Les salariés de l’usine de Falaise sont assez emblématiques de ce type de parcours professionnel « horizontal » chez Moulinex qui se caractérise à la fois par l’absence de développement de carrière et une forte rotation entre les différents postes d’exécution du travail. Toutefois une partie du personnel de cette usine a pu bénéficier d’une évolution professionnelle interne dans l’entreprise en passant d’agents de production à une position d’ouvriers qualifiés (« AP-OQ »). Cette trajectoire « de sortie de la chaîne » de production qui s’illustre dans le secteur situé en bas à gauche du plan factoriel est plus caractéristique des salariés dont le conjoint était également employé chez Moulinex, le plus souvent à un poste d’agent de production. Pour une partie du personnel, l’entreprise constituait un cadre favorable à la formation des compétences professionnelles mais aussi à la vie conjugale et familiale de ses salariés.

Le secteur situé en bas à droite du plan rassemble les modalités reflétant des carrières de personnels qualifiés et spécialisés : « Ouvrier qualifié » « ETAM », « CAP BEP », « 1 adhésion et plus ». Ce secteur est le mieux illustré par l’usine d’Alençon, l’une des têtes industrielles du groupe avec celle de Cormelles qui rassemblaient une proportion plus importante qu’ailleurs de techniciens et agents de maîtrise (18 % contre 13 % pour Bayeux et 12 % à Saint-Lô) en raison de la présence sur ce site de bureaux d’études et d’ateliers spécialisés (tab. 3). Alençon, l’usine « du sud » bas-normand se distingue nettement des autres usines « du nord » par la petite majorité de personnels masculins et diplômés (37 % de détenteurs d’un CAP ou BEP contre un peu moins de 30 % en moyenne). Cette composante sociologique distinctive qui contredit la représentation commune de Moulinex comme étant une « usine d’ouvrières » s’explique en partie par la présence à partir de 1961, de l’école professionnelle de l’entreprise d’électroménager14. Pour le personnel qualifié qui était plus souvent masculin, diplômé et syndiqué, l’accès plus grand à la formation et à la promotion professionnelle autorisait des développements de carrière très larges et des trajectoires « ascensionnelles » dans l’emploi chez Moulinex.

Tableau 3 – Dernière catégorie professionnelle occupée chez Moulinex selon le site d’appartenance deux ans après le licenciement

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Les licenciés de l’autre tête industrielle du groupe, la vaste usine du Calvados, possèdent des caractéristiques socio-professionnelles proches de la moyenne de l’ensemble des salariés, ce qui explique la position centrale de sa modalité « Cormelles » sur le plan factoriel. L’usine de micro-ondes de Cormelles-le-Royal près de Caen rassemblait les directions du groupe (industriel, des achats, de la qualité), celle des ressources humaines pour la division industrie, un secteur informatique, donc un nombre plus important qu’ailleurs de cadres et de salariés très diplômés, jeunes et recrutés tardivement notamment pour organiser les restructurations (toutefois leur très faible nombre explique leur position extrêmement décentré dans la partie en haut à droite du plan factoriel).

Une inégale distribution des chances de retour à l’emploi

Convoquer l’histoire et la géographie de l’entreprise ne suffit pas à expliquer les inégalités de destins entre les anciens salariés. Il convient alors d’introduire dans l’analyse la situation retrouvée deux ans après le licenciement afin de mettre en lumière les chances différenciées du retour à l’emploi des ex-Moulinex à l’issue de leur dispositif de reconversion.

Les variables représentant ce que sont devenus les Moulinex deux ans après leur licenciement ont été placées en éléments supplémentaires dans l’A.C.M. (c’est-à-dire qu’elles n’interviennent pas sur l’agencement des modalités entre elles) et font apparaître un fort déterminisme social et géographique. Aux zones du plan factoriel renvoyant aux trajectoires « horizontales » chez Moulinex correspondent les situations les moins stables sur le marché du travail alors que la partie sur les parcours « ascensionnels » chez Moulinex se situe entre les modalités de l’insertion durable dans l’emploi et des mesures d’âge. L’ancienneté professionnelle et la moyenne d’âge élevée des personnels ayant connu une trajectoire de « sortie de la chaîne », les rendent plus facilement éligibles à des mesures d’âges.

Les modalités des usines dites « du nord » bas-normand (Bayeux, Cormelles et Falaise) se situent à proximité des modalités de l’emploi précaire et du chômage et s’opposent à celles de l’usine « du sud » Alençon. En effet, à plus de 80 % les salariés ornais ont pu retrouver un emploi ou bénéficier d’une mesure d’âge alors que ce n’est le cas que de la moitié de ceux du Calvados. Comment expliquer de telles disparités territoriales dans le devenir des salariés issus d’une même entreprise ?

L’explication provient pour une partie, de la concentration territoriale du chômage : les effectifs de l’usine d’Alençon représentaient un tiers des licenciés, ceux de sites de Bayeux, Cormelles et Falaise plus de 60 %. Les salariés ornais, moins nombreux que ceux du Calvados ont, en outre, pu étendre leur champ de prospection vers les départements limitrophes de la Sarthe ou de la Mayenne. Les salariés des trois usines du Calvados sont eux confinés dans un périmètre géographique plus restreint (moins de 50 kilomètres séparent les deux villes), limité de surcroît au nord par le littoral et situés dans des cantons concentrant des taux de chômage plus élevés (fig. 4)15.

Figure 4 – Taux de chômage dans les départements de la Manche, du Calvados, de l’Orne, de la Mayenne et de la Sarthe, en 1999

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La deuxième explication est à rechercher dans les dynamiques territoriales différenciées des secteurs d’emploi. Les représentations de la Basse-Normandie faites de ruralité, de plages et de petits villages font oublier que cette région est et demeure encore une terre industrielle. Certes, le secteur agro-alimentaire y occupe une bonne place mais aussi la production automobile et celle des biens intermédiaires. Au début des années 2000, ce secteur industriel concernait un actif bas-normand sur cinq (avec près de 111 000 emplois dont 106 000 emplois salariés)16.

Mais chacun des départements du Calvados, de l’Orne et de la Manche a connu des évolutions contemporaines différentes de leur activité économique et industrielle. Si dans les années 1990, le Calvados a beaucoup souffert de l’extinction progressive des hauts fourneaux de la Société Métallurgique de Normandie (SMN), le département est resté épargné des fermetures de sites de Moulinex. En revanche, la disparition de l’entreprise d’électroménager en 2001 avec la fermeture simultanée de trois sites a lourdement frappé ce département qui avait déjà dû subir trois ans auparavant la fermeture du site d’Euromoteurs, ancienne filiale de Moulinex, à Carpiquet.

Le Calvados, notamment la zone autour de Caen, concentre de grands groupes industriels fabricants ou équipementiers automobiles : Peugeot-Citroën Automobiles, Robert Bosch Electronique, Renault Trucks, Valéo, Knorr Bremse, Filtrauto. Mais, bien que le secteur ait maintenu un bon niveau de recrutement au début des années 2000, les embauches sont restées limitées à des postes plutôt qualifiés17. Après la fermeture de Moulinex, une partie des techniciens, des agents de maîtrise ou des salariés possédant un permis cariste sont parvenus assez rapidement à s’y employer ou dans des secteurs liés à la logistique. Mais dans un contexte de forte concurrence nationale et internationale, la recherche des gains de productivité a conduit beaucoup d’entreprises à diminuer le recours à la main-d’œuvre. Pour le personnel non qualifié, les emplois disponibles en faible nombre étaient souvent précaires (intérim ou CDD) ou présentant des conditions de travail pénible ou des horaires très contraignants, comme par exemple l’industrie alimentaire du poisson. Le secteur des transports a été une issue possible des candidats à l’embauche mais qui restait conditionné à l’obtention d’un permis.

Comparé à son voisin du Calvados, l’Orne est un département moins industrialisé qui a particulièrement souffert du délitement par le passé de Moulinex à Domfront, à Argentan et enfin à Alençon en 2001, ainsi que de lourdes restructurations industrielles avec la fin de la fonderie APM et de Mic, le fabricant de transpalettes de manutention. Mais touché plus tôt que le Calvados par les fermetures de sites et les licenciements, les bassins d’emploi d’Alençon et d’Argentan ont misé sur le secteur de la plasturgie soutenu par le dynamisme de PME et aussi du pôle de plasturgie d’Alençon, et disposant de formations sur la transformation des matières plastiques18. La présence plus importante dans cette usine d’une main-d’œuvre qualifiée et des offres d’emplois locales requérant des compétences spécialisées explique le meilleur taux de retour à l’emploi à Alençon qui de surcroît est plus souvent stable et à temps complet.

Le bassin de Saint-Lô est l’un des moins industrialisés de la région et le moins affecté par les suppressions d’emploi causées. Mais sur 420 salariés repris en 2001, seuls 173 sont encore maintenus en 2008 et même, cet établissement de Saint-Lô d’Euromoteurs, ex-filiale de Moulinex fabriquant les moteurs électriques des appareils électroménagers, cessera son activité en mars 2007. Malgré tout, le nombre plus faible et l’étalement dans le temps des licenciements a facilité l’absorption par le marché du travail local des demandeurs d’emploi. Si la réinsertion professionnelle des anciens salariés de l’usine de Saint-Lô s’explique en grande partie par l’instabilité et le temps partiel des emplois retrouvés, elle a surtout été possible grâce au secteur des services et de l’industrie agroalimentaire qui embauche des personnels féminins, peu ou pas qualifiés.

Contrairement aux salariés des usines du Calvados, ceux d’Alençon et de Saint-Lô ont certainement également profité de la plus grande proximité de la ruralité. Le taux de reprise d’activités indépendantes est plus important pour les licenciés de ces deux sites : activité agricole, gérance de camping ou d’un bar-tabac…

Conclusion

La géographie du chômage est apparue comme un facteur de première importance pour expliquer le devenir des anciens de Moulinex alors qu’il constitue le point aveugle des études menées sur la question des chances de retour à l’emploi. L’utilisation de l’outil statistique et cartographique a permis de montrer comment les destins professionnels des salariés licenciés sont enchâssés dans des territoires aux dynamiques contrastées.

Les mauvais résultats de la réinsertion professionnelle des salariés des usines du Calvados, attribués à un échec du travail des cellules de reclassement chargées de leur accompagnement, semblent venir bien davantage du fait que ce département a accusé la fermeture de trois sites de production au lieu d’un seul, comme dans la Manche ou l’Orne. L’analyse de la géopolitique industrielle de l’entreprise et du bassin d’emploi fournit également des clés utiles de compréhension.

1 Nous entendons par couples bi-actifs chez Moulinex, les couples dont les deux conjoints ont dans leur vie travaillé dans l’entreprise d’

2 Ce plan factoriel est issu d’une analyse des correspondances multiples (A.C.M.) qui est un traitement statistique rendant compte de la structuration

3 Les salariés pouvaient bénéficier de congés supplémentaires, d’une prime d’ancienneté, d’un treizième mois et d’une prime d’équipe, de transport et

4 Les dispositifs proposés aux licenciés de Moulinex étaient le congé de conversion (d’une durée de 10 mois pour les salariés de moins de 50 ans et de

5 L’Allocation Chômeurs âgés était une aide versée aux chômeurs de moins de 60 ans ayant validé 160 trimestres de cotisation.

6 L’effet de la qualification et du diplôme sur la réinsertion professionnelle se lit dans la première année qui suit la perte d’emploi puis disparaît

7 On range sous la catégorie « Mesure d’âge » les dispositifs de préretraite ou d’allocation chômeurs âgés ainsi que les dispenses de recherche d’

8 Paru en Juin 1983 no 38

9 La Société d’Emboutissage de Bourgogne célèbre pour sa cocotte-minute, a assez rapidement déconcentré ses productions par acquisition de différentes

10 C’est en 1936 après son départ de Bagnolet en région parisienne que Moulinex est venu s’installer à Alençon dans une usine de lin désaffectée.

11 Moulinex est un des exemples d’entreprises implantées autour de Caen que mobilise Patrick Pélata dans sa thèse de doctorat de 1982 pour illustrer

12 Hervé Le Bras et Emmanuel Todd (2013) rappellent la trop mal connue et pourtant forte participation au travail des femmes de l’Ouest français.

13 Si le ramassage par car ne se pratiquait pas à Cormelles-le-Royal située en région caennaise bien pourvue en main-d’œuvre féminine, pour leur part

14 Le centre professionnel Moulinex devient en 1969 une école technique privée. Les diplômes délivrés étaient le CAP de mécanicien-ajusteur et d’

15 Alors que les cantons qui environnent Bayeux présentent un taux de chômage compris entre 12,2 et 16 %, ceux des environs d’Alençon ont un taux

16 Fin 2010, l’ensemble de l’industrie employait encore 88 400 salariés hors intérim soit 17 % de l’ensemble des salariés de la région (contre 14 % en

17 « Alors que l’on ne comptait qu’un ouvrier qualifié pour deux ouvriers spécialisés il y a 40 ans, le taux de qualification ouvrière avoisine

18 L’Institut Supérieur de Plasturgie d’Alençon (ISPA), l’Institut Supérieur du Moule (ISMO) et le CFAI (centre de formation des apprentis de l’

Bibliography

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Notes

1 Nous entendons par couples bi-actifs chez Moulinex, les couples dont les deux conjoints ont dans leur vie travaillé dans l’entreprise d’électroménager.

2 Ce plan factoriel est issu d’une analyse des correspondances multiples (A.C.M.) qui est un traitement statistique rendant compte de la structuration de différentes modalités autour de deux dimensions représentées par les deux axes du plan. L’interprétation de la distribution de ces modalités dans le plan factoriel sera fournie dans la deuxième partie de cet article.

3 Les salariés pouvaient bénéficier de congés supplémentaires, d’une prime d’ancienneté, d’un treizième mois et d’une prime d’équipe, de transport et de panier (la moitié du repas était prise en charge par l’employeur).

4 Les dispositifs proposés aux licenciés de Moulinex étaient le congé de conversion (d’une durée de 10 mois pour les salariés de moins de 50 ans et de 16 mois pour les plus de 50 ans) ou la convention de conversion (d’une durée de 6 mois pour les personnes de moins de 50 ans et de 10 mois pour les plus de 50 ans). Le plan social prévoyait en outre un accompagnement dans le cadre d’une cellule de reclassement.

5 L’Allocation Chômeurs âgés était une aide versée aux chômeurs de moins de 60 ans ayant validé 160 trimestres de cotisation.

6 L’effet de la qualification et du diplôme sur la réinsertion professionnelle se lit dans la première année qui suit la perte d’emploi puis disparaît ensuite (voir Roupnel-Fuentes, 2011)

7 On range sous la catégorie « Mesure d’âge » les dispositifs de préretraite ou d’allocation chômeurs âgés ainsi que les dispenses de recherche d’emploi.

8 Paru en Juin 1983 no 38

9 La Société d’Emboutissage de Bourgogne célèbre pour sa cocotte-minute, a assez rapidement déconcentré ses productions par acquisition de différentes usines : Is-sur-Tille (Côte-d’Or), Lourdes, Vernon (Eure) ou Pont-Evêque (Isère).

10 C’est en 1936 après son départ de Bagnolet en région parisienne que Moulinex est venu s’installer à Alençon dans une usine de lin désaffectée.

11 Moulinex est un des exemples d’entreprises implantées autour de Caen que mobilise Patrick Pélata dans sa thèse de doctorat de 1982 pour illustrer le mouvement de « relocalisation décentralisée » de l’industrie française dans les années 1950 à 1980.

12 Hervé Le Bras et Emmanuel Todd (2013) rappellent la trop mal connue et pourtant forte participation au travail des femmes de l’Ouest français.

13 Si le ramassage par car ne se pratiquait pas à Cormelles-le-Royal située en région caennaise bien pourvue en main-d’œuvre féminine, pour leur part les ouvrières de Falaise étaient rebaptisées « filles-bus ».

14 Le centre professionnel Moulinex devient en 1969 une école technique privée. Les diplômes délivrés étaient le CAP de mécanicien-ajusteur et d’électromécanicien, préparé en trois ans ainsi que le CAP de dessinateur industriel préparé en deux ans.

15 Alors que les cantons qui environnent Bayeux présentent un taux de chômage compris entre 12,2 et 16 %, ceux des environs d’Alençon ont un taux inférieur à 8 %.

16 Fin 2010, l’ensemble de l’industrie employait encore 88 400 salariés hors intérim soit 17 % de l’ensemble des salariés de la région (contre 14 % en moyenne nationale).

17 « Alors que l’on ne comptait qu’un ouvrier qualifié pour deux ouvriers spécialisés il y a 40 ans, le taux de qualification ouvrière avoisine aujourd’hui les 60 %. Parallèlement, le niveau de formation est lui aussi en progression : près des deux tiers des actifs de l’industrie ont aujourd’hui un niveau supérieur ou égal au CAP contre un tiers en 1982. » Voir sur http://insee.fr.

18 L’Institut Supérieur de Plasturgie d’Alençon (ISPA), l’Institut Supérieur du Moule (ISMO) et le CFAI (centre de formation des apprentis de l’industrie).

Illustrations

Figure 1 – Effectifs licenciés par site fermé

Figure 1 – Effectifs licenciés par site fermé

Figure 2 – Proportion de femmes et d’hommes licenciés de Moulinex selon le site

Figure 2 – Proportion de femmes et d’hommes licenciés de Moulinex selon le site

Tableau 1 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex

Tableau 1 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex

Tableau 2 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex selon le dernier site

Tableau 2 – Situation au moment de l’enquête et ancienneté moyenne chez Moulinex selon le dernier site

Photo 1 – Le point de rencontre

Photo 1 – Le point de rencontre

Figure 3 – Profil général des travailleurs des cinq usines fermées de Moulinex

Figure 3 – Profil général des travailleurs des cinq usines fermées de Moulinex

Tableau 3 – Dernière catégorie professionnelle occupée chez Moulinex selon le site d’appartenance deux ans après le licenciement

Tableau 3 – Dernière catégorie professionnelle occupée chez Moulinex selon le site d’appartenance deux ans après le licenciement

Figure 4 – Taux de chômage dans les départements de la Manche, du Calvados, de l’Orne, de la Mayenne et de la Sarthe, en 1999

Figure 4 – Taux de chômage dans les départements de la Manche, du Calvados, de l’Orne, de la Mayenne et de la Sarthe, en 1999

References

Electronic reference

Manuella Roupnel, « Les ouvriers de Moulinex : les inégalités territoriales du retour à l’emploi après un plan social », Cahiers Nantais [Online], 1 | 2014, Online since 05 March 2021, connection on 21 July 2024. URL : http://cahiers-nantais.fr/index.php?id=1268

Author

Manuella Roupnel

Sociologue, Université d’Angers, ESO-UMR 6590 CNRS

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